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Jérôme COUDURIER-ABALÉA

Né le 8 mars 1975 à Meaux (Seine-et-Marne). De l’Écosse et du Japon où enfant je réside à différentes périodes, je garde LA CONCEPTION DU MONDE SUPPURE DU LANGAGE et LE LANGAGE MUE SELON. En Terminale, découverte d’Austin et sa théorie des actes de langage. (Syllogisme) : si le langage est malléable et si toute parole agit sur la pensée d’autrui (et, par suite, sur ses actes), alors les poètes constituent la plus puissante confrérie.
À la même époque, de Nietzsche, je garde LE VIVANT ÉVOLUE. Paradoxe de : « caractéristique : évolutif » – paradoxe qu’il faut admettre comme un constat. De cela, et l’humain posé vivant, il suit : DÉSIR D’IMMUABLE, COMPLAISANCE MORBIDE. Parmi les sous-variétés de ce désir, celui de laisser son nom dans le marbre, celui d’atteindre des certitudes fermes et assurées, celui de la sédentarité et de l’épargne. Compassion pour ceux qui les éprouvent ; haine pour ceux qui voudraient m’y fossiliser. Amour pour l’incertain, le mouvant, le chaotique, l’en-métamorphose, la transgression, l’éphémère, l’espièglerie de tout ce qui renaît là où l’on avait décrété qu’il n’était pas (la poésie et le vivant).
Constat que la science moderne (Darwin, Einstein, Bohr, Wegener, Gödel, Mandelbrot…) désespère (et refuse) de dégager des repères définitifs. Constat aussi que tout le monde s’en moque. Constat encore que l’Education nationale enseigne la physique, les maths, la biologie, la logique, comme si tout cela n’avait pas eu lieu. Constat qu’on enseigne la littérature comme si Rimbaud et Lautréamont n’avaient pas écrit. Constat qu’on parle des arts plastiques comme si Cézanne et Delaunay n’avaient pas peint. Constat de l’aveuglement général quant au vrai, quant au beau, quant au bien ; pitié et mépris mêlés pour les somnambules. Formation juridique en Angleterre et en France, pour étudier la rhétorique. Amère déception : les gens de droit aujourd’hui n’entendent rien à l’éloquence. Second cursus en philosophie (tout en travaillant comme juriste). Découverte que le désir d’immuable caractérise l’Occident ; plus encore, que l’Occident naît tout entier de l’effroi fasciné des Egyptiens pour la mort. Presque toutes les autres civilisations ignorent ce désir d’immuabilité. Procès de la civilisation occidentale. Verdict : coupable.
Examen de la situation actuelle. Civilisation ayant épuisé presque intégralement les ressources énergétiques de la planète. Déclin prévisible à brève échéance. C’est à nous, les poètes, qu’appartient la tâche d’inventer la langue dans laquelle la nouvelle civilisation parlera ; et à nous, les philosophes, qu’appartient d’examiner les effets métaboliques, environnementaux et sociopolitiques de cette langue nouvelle. Dialectique inaugurale, inouïe. Ambition colossale. Panoramas vertigineux. Mais pas au-dessus de nos forces, non. L’enthousiasme que nous inspire la tâche énorme coïncide (simple hasard ?) avec la mesure de la tâche.

À l’œuvre ! À présent ! J’enseigne la philosophie depuis 2002.

Du sel en cristaux

Comme la morale nous prévient contre certaines émotions fortes, certaines tendances terrestres, voire infernales, ainsi la mythologie nous précautionne contre le sel propre à saisir l’imprudent, à le gagner jusqu’à la pétrification – un seul grain posé sur la queue d’un oiseau suffit, prétend-on, à l’immobiliser.

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mail : Jérôme Coudurier-Abaléa
blog : lelabyrinthe.over-blog.net

 
© Les soixante-dix. 2006