“Pas billy the kid”
– Julien d’Abrigeon (edit Al Dante)
Préalable 1 : si vous ne « voyez » pas en quoi «
décapsuler » un dindon peut être un passe-temps jouissif,
ne lisez pas ce livre !
Préalable 2 : si vous n’entendez pas immédiatement
la bande –son qui accompagne impeccablement ce décapsulage
dindonnier , passez votre chemin !
Préalable 3 : si vous craignez de vous faire tirer dans le dos
au détour d’une page et de vous écrouler, conséquemment,
« dans la poussière les bras en croix », filez à
toutes jambes !
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Julien d’A. aime le décapsulage des dindons, et des mots,
donc de la poésie. Et il sifflote, ce faisant, « Knockin
on the heaven door » d’Alias Dylan
Julien d’A dégaine ses références (littérature,
cinéma, BD, histoire USA etc. etc.) plus vite que son ombre (il
sait parfaitement où et quand Lucky Luke a rencontré Billy
the K)
Julien d’A, comme nous tous a eu une Enfance
Donc des Héros d’Enfance
Et, bien sur, une Enfance de Héros (« je tue les Indiens.
Je fais PAN et il est mort l’Indien. Je suis très fort.
Je ne suis pas content. (….) Je me construis en tant que héros
/ Je recherche des héros pour me construire / Je construis des
héros pour me construire » p 34)
Julien d’A sait pertinemment qu’un vrai Héros d’Enfance
c’est une racaille, un rocker (« une combinaison d’
Elvis Presley et de Che Guevara » , un sale môme à
vrai dire - et ça vaut mieux, pour se rouler dans la poussière
les bras en croix , que d’être attifé façon
Petit Prince à moutons !)
Julien d’A sait aussi que les Héros d’Enfance c’est
immortel (même avec une balle dans le dos) : il suit donc les
traces de Billy the Kid
(TOUS les Billy the K) bien au-delà de son enfance (la sienne
et celle de Billy) (leurs vraies et les fausses enfances). Et aussi
il traque tous les « méchants » , tous ceux qui ont
tiré, tirent , tireront , toujours dans le dos de Billy : ne
vous étonnera pas qu’on trouve Gw Bush dans le livre et
Charlton Heston (boss de la fédération américain
des dingues d’armes) et Swartzy Terminator (« cette Amérique
là voudra toujours la peau de l’autre puis se nourrira
de sa violence pour exister » p 66)
« Pas billy the kid » est un long poème western,
mais aussi un poème gaucher (mais qui sait tirer de la main droite),
mais aussi un long poème d’enfance, mais aussi un long
poème cinoche (on a forcément resquillé et on est
entré sans payer le billet) , mais aussi un long poème
très savant (au sens où Rimbaud se disait savant) (Arthur
the Kid cloué nu au poteau indien ET vendeur de fusils) : alors
GO WEST ! mettez l’album « Pat Garrett et Billy the Kid
» de Dylan sur la sono (de préférence le vieux vinyl
de 73, pour que le son craque un peu) pour vous mettre dans l’ambiance
et lisez « Pas billy the kid »
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« La sagesse des sorcières
» John Giorno (ed Al Dante)
Cet automne j’ai entendu John Giorno à deux reprises (Angers,
Nantes dans le cadre des célèbres Midi/Minuit de poésie
organisé par la la Naoned City House of Poetry) . Giorno le dormeur
de « Sleep » de Warhol , Giorno l’ami de WS Burroughs
, Giorno le poète/perfomer, Giorno un de ces « garçons
sauvages » de NY city , dope , sexe and rock and roll ,etc etc
. Images que j’associais à ce nom « Giorno John »
.
Mais Giorno aujourd’hui , 70 piges au compteur (ça ne se
voit pas !), respire une évidente « sagesse » (de
sorcier bien sur) acquise malgré ? grâce ? aux excès
en tous genres et … au boudhisme thibétain ! (il n’y
a que les ricains pour assumer ce genre de mélange) . Un fauve
apaisé mais la bouche encore pleine de dents ! . L’écriture
aussi s’est apaisée : moins formellement provocatrice ,
moins tape à l’œil moderniste . « La sagesse
des sorcières » en témoigne : 9 longs poemes «
lumineux » (« il faut bruler pour briller » titre
d’un de ses précédents livres chez le même
éditeur : JG a tant brûlé qu’il brille vraiment)
( « every’s one gets lighter » a –t-il écrit
en dédicace sur mon exemplaire)
Neuf poèmes-fables-méditations aux titres clairs : «
simplement dire NON aux valeurs familiales » « rien ne réussit
mieux que l’excés » « saluer les fleurs »
; Le sommet du livre étant le magnifique texte (plein d’humour)
consacré à « La mort de William Burroughs »
. Giorno y énumère tout ce qu’il a mis dans le cercueil
de son vieil ami , de son revolver préféré à
un sachet d’heroine , afin qu’il fasse un bon voyage dans
le Bardo !
Quelques mots reviennent d’un texte à l’autre : «
wisdom » « compassion » et « empty » (c’est
d’ailleurs le tout dernier mot du livre).
A noter : On peut entendre (et télécharger gratuitement)
de très nombreux textes lus par Giorno (dans les années
70 ) sur le site caverne d’Ali Baba sonore (et visuel) : UBUWEB
. Des extraits de sa lecture à Nantes seront mis en ligne sur
le site de la Maison de la Poésie .